Livres et vous, livres émois

Jeunes auteurs originaux et talentueux, venez découvrir leurs livres.

02 juillet 2009

MERCI POUR TOUT...

Depuis longtemps, dans sa campagne, il en rêvait. De la littérature et de ses secrets. Puis un jour, avant que la neige ne s’installe durablement dans sa chevelure, il s’était lancé. Naïf comme l’est un poète, au point d’écouter  les flatteurs de tous poils, il croyait avoir mis au monde un chef d’œuvre. Il se lança à corps perdu dans l’aventure, avec tout son cœur et son énergie. Oh il avait payé le prix fort pour devenir un auteur publié. Dans l’euphorie du premier roman, il en publia un second, qu’il négocia à un cout plus raisonnable. Grisé par l’aventure, il écrivait beaucoup. Il toucha même mille euros de droits la première année. Espérant de plus beaux lendemains, il signa enfin un contrat à compte d’éditeur, c’était l’aboutissement de ses ambitions, il devenait un écrivain. Il allait conquérir le public. Il trouvait bien le comportement du responsable un peu bizarre, se disant que c’était la loi du genre. Puis le premier éditeur oublia de s’acquitter des droits d’auteur, il n’avait pas que ça à faire disait-t-il ! Un de ses amis, éditeur,  voulait absolument publier son quatrième ouvrage, devant ce tapis rouge il céda. Entre temps la maison prétendument sérieuse lui proposa un contrat pour son cinquième roman. Elle claironna même qu’il s’agissait de son coup de cœur de l’année. Tout allait bien me direz-vous…oui sauf que ! À ce jour un arriéré d’environ mille-deux-cent euros subsiste pour les deux premiers livres. Face au comportement schizophrène de son interlocuteur, il a demandé à rompre les contrats avec la seconde boutique, qui a accepté pour le second et refusé pour le premier, sous prétexte qu’il restait deux-cents exemplaires en stock…Bien entendu les droits d’auteurs ne sont pas liquidés, oui. Et cerise sur le gâteau, cette maison ayant pignon sur rue a gommé comme par enchantement l’ouvrage de son catalogue…comprenne qui pourra ! À moins qu’il ne s’agisse d’une maintenance des différents sites Web ! Maintenance importante puisqu’elle dure depuis prés de deux mois !

Il aimait cette vie littéraire, c’était sa passion, mais que le milieu était dur. Je l’ai rencontré la semaine dernière, la neige n’était pas que dans sa chevelure, mais aussi dans son cœur. Il m’a raconté brièvement son dernier avatar d’écrivain. Il venait de recevoir une lettre de son ami qui lui payait ses droits d’auteur sur son quatrième roman et aussi lui signifiait la fin de son contrat d’édition…Ainsi va la vie au pays de Levy, Musso, Houellebecq, Nothomb et Gavalda…

Un matin, j’ai appris la nouvelle, il avait fait un grand tas dans sa maison, il avait rassemblé tous les livres, les siens et ceux des autres. Il s’était rendu à la Poste, avait acheté trois timbres. Je présume qu’il s’était rendu ensuite à la station service la plus proche. Je vous raconte ça, car la suite je la suppose. Profitant de l’absence de son épouse, il a arrosé les bouquins d’essence et s’est aspergé aussi.

Lorsque je l’ai vu, j’ai détourné la tête, de son corps calciné ses yeux semblaient intacts, l’artiste fixait les cieux. Je ne pouvais plus rien faire pour lui, il avait rejoins ses pairs au paradis des poètes. Pour un médecin, un tel aveu est terrible. J’ai reçu son épouse à mon cabinet, la pauvre femme m’a avoué ne pas avoir vu venir le vent. Elle m’a révélé qu’elle venait de recevoir une lettre d’une maison d’édition proposant à son époux un contrat pour un nouveau roman. Malgré le nom prestigieux de l’officine, elle s’était empressée de détruire cette correspondance.

J’ai appris par la suite la teneur et les destinataires des enveloppes où il avait collé les timbres. Chaque éditeur défaillant reçu la sienne. Un simple bristol avec trois mots : MERCI POUR TOUT…

Posté par richtoo à 15:45 - Nouvelles - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Oui

Le temps apaise, mais pour autant ne pas se laisser atrophier de sa passion, ne pas se laisser manger ses droits et surtout la dignité pour respect.

Bises!

Posté par E, 02 juillet 2009 à 16:31

Pour lui le temps ne compte plus...

Si j'avais une question à poser, ce serait de demander combien d'auteurs se reconnaissent dans cette fiction?

J'espère qu'ils ne feront pas disjoncter le blog!

Posté par Richtoo, 02 juillet 2009 à 16:44

Oui le parcours est difficile, on le sait seulement lorsque l'on y met un pied mais il faut garder la tête haute et poursuivre son rêve car finalement combien accèdent vraiment à leur rêve ? Je t'embrasse Richtoo... Ne perds pas courage...

Posté par Marie-Laure, 02 juillet 2009 à 16:50

Farenheit 451

Marie-Laure, j'aurai pu intituler ce délire Farenheit 451, mais n'est pas Truffaut qui veut...j'aime bien la parabole...
Bises

Posté par Richtoo, 02 juillet 2009 à 17:00

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